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© 01/05/2003

CONSEILS DE SÉDIR POUR LES «AMITIÉS SPIRITUELLES»
( Seconde Assemblée Générale du 25 Septembre 1921 )

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MESDAMES, MESSIEURS, MES AMIS,
Ce m'est une joie profonde de vous retrouver ici pour la deuxième fois et je sais par vos lettres,
par vos entretiens, que vos sentiments vibrent en plein accord. Les labeurs que vous avez
consacrés à notre oeuvre commune donnent déjà des promesses heureuses; avec un courage accru
vous continuerez ces tentatives, j'en suis certain, et je veux aujourd'hui, répondant à votre désir
général, vous indiquer quelques mesures en vue d'économiser vos forces et de mieux coordonner
vos initiatives personnelles.

Nous nous sommes constitués en corps pour les objets suivants:
Rétablir la notion divine partout où elle est abolie; restituer dans le coeur des croyants la foi
active au Père, à notre Père à tous, à son Fils unique, le Verbe Jésus, Sauveur universel; à son
Esprit, l'illuminateur; à la Vierge-Mère enfin, la très humble intercédante.
Par cette jonction de la Lumière éternelle à la Lumière intérieure, rétablir le sentiment de la
fraternité universelle, de la charité, puis de la prière; c'est-à-dire démontrer, puis pratiquer
l'essence nécessaire et suffisante de toute religion: le culte en Esprit et en Vérité.
A cette double fin, nous essayons de trouver dans chaque peuple, et d'abord parmi les
Français, dans chaque province, dans chaque ville, bourg ou village, au moins une âme chrétienne
qui accepte notre idéal et se voue à le réaliser.

Tous ces idéalismes disséminés, nous leur offrons le contact les uns avec les autres, soit par
la Revue, soit par des correspondances, soit par les visites que mes plus anciens Amis, fondateurs
de la Société, et moi, nous leur rendons aussi souvent que les circonstances nous le permettent.
Quand un membre de la Société est seul dans sa résidence, il doit assumer tout le travail
matériel de propagande et d'administration; quand plusieurs membres habitent la même localité,
ils élisent l'un d'entr'eux comme administrateur; de la sorte, notre Association vit selon la loi
organique naturelle: un centre spirituel envoyant des avis, une gérance matérielle venant de la
circonférence, afin que les aspirations évolutives de la créature soient constamment présentées aux
inspirations involutives. Cette loi de la vie sociale, que les plus vieilles civilisations observaient, que
Jésus a renouvelée, nous tentons de l'appliquer à notre tour dans notre tout petit rayonnement.
Ainsi, Mesdames et Messieurs, vous êtes unis tous, que vous vous connaissiez ou non, dans
l'amour de ce Père au service duquel vous vous essayez, et, à la mesure de votre dévouement, cet
amour, qui est le Fils, vous envoie ses bénédictions; s'il s'en trouve parmi vous dont le courage
hésite devant des perspectives extraordinaires, les plus anciens d'entre nous s'offrent à les aider;
enfin, chaque groupe, par la voix de son gérant, présente au Comité central ses besoins, ses
réclamations, ses initiatives. De la sorte, chacun de vous donne individuellement tout son effort avec
la même spontanéité que s'il était seul; en même temps, vous tous, isolés ou groupés, ne formez
qu'un seul être, parce que votre Idéal identique, le Christ, vous tient tous dans ses bras, parce que
vous mettez en commun par la prière toutes vos aspirations surhumaines et, par l'exercice de la
charité la plus large, toutes vos humaines énergies.
***
Le travail que vous avez assumé est de la première importance; vous n'en prendrez jamais trop
soin; aussi n'êtes-vous jamais seuls; mes vieux camarades et moi nous ne sommes pas vos uniques
auxiliaires; d'autres sympathies plus puissantes s'intéressent à vos tentatives et y collaborent. Je ne
fais pas ici allusion à l'ingérence d'esprits désincarnés ou de génies occultes; vous ne devez être ni
des spirites, ni des occultistes, mais seulement des serviteurs du Christ; Il a dit de laisser les morts
et les génies à leurs affaires; vous savez bien que les morts vivent et que l'Invisible est peuplé de
multitudes étranges; ne les dérangez pas. Mais voulant servir le Christ et ne voulant que cela, ayant
mis de côté vos faiblesses sentimentales et vos curiosités intellectuelles, il est logique que, si des
serviteurs visibles du Christ vous aident, des serviteurs invisibles mais parfaits, c'est-à-dire des
anges, vous aident encore bien plus.
Souvenez-vous-en: il y a un invisible naturel et un invisible surnaturel. Le premier, construit
par les fluides physico-chimiques, éthériques, astraux, est peuplé de tous les esprits élémentaires,
de tous les fantômes des défunts, de tous les génies, de tous les dieux imaginables; c'est l'âme de ce
monde. Le second, c'est le Royaume du Ciel que Jésus emmène partout avec lui et que lui seul
habite avec ses anges innocents, avec ses serviteurs parfaits. C'est ce Royaume-là dont vous recevez
le secours, la force, l'inspiration, si cependant vous obéissez d'abord à ses lois.
Ainsi, ce n'est pas moi qui vous ai appelés, ce n'est pas par moi que vous obtenez l'aide
spirituelle; vous n'êtes pas les sectateurs d'un doctrinaire, nous ne sommes pas une mille-et-unième
petite chapelle: nous essayons seulement de ranimer le flambeau du Christ là où il vacille. Or, le
Christ a placé partout des flambeaux, et partout l'Adversaire essaie de les éteindre. Comme il est
vaste, notre travail, mes Amis, comme il est splendide, comme il est enivrant !
Aussi notre oeuvre publique sera-t-elle de l'apostolat plus que de la propagande. L'homme doit
toujours s'affirmer par ce qu'il possède de plus haut; quoi de mieux que l'Évangile? Parlez donc
du Christ d'abord, de notre oeuvre ensuite et s'il vous reste du temps; vivez en chrétiens d'abord
et vous serez les plus éloquents prédicateurs.
L'apostolat, la véritable propagande mystique, consiste simplement à vivre de la vie parfaite:
renonçant à tout plaisir, se résignant à toute peine, se dévouant à tous, comme a fait Jésus, et
demeurant persuadé qu'avec toutes ces fatigues et tous ces sacrifices on reste un serviteur inutile.
Lorsqu'on fait cela, il n'est plus besoin de science pour parler de Dieu: un mot, un regard suffisent
à bouleverser le coeur le plus sceptique.
Il y a aussi la propagande des gens pratiques, des hommes d'affaires, des politiciens: mais que
cette méthode est grossière, qu'elle est superficielle et, en somme, inopérante !
Vous pouvez, puisque vous n'êtes ni des matérialistes, ni encore des mystiques parfaits, suivre
une méthode mixte pour votre propagande. Parler aux gens, leur donner des brochures, les
convoquer à des réunions, recueillir des adresses, fournir des livres aux bibliothèques publiques, en
prêter à vos visiteurs: toute cette propagande matérielle, spiritualisez-la en vivifiant chacun de ces
gestes par une prière ou par un sacrifice; chaque fois, demandez à Dieu qu'il illumine votre
interlocuteur, ou bien privez-vous d'un petit plaisir, imposez-vous une petite corvée à cette intention:
vous ferez ainsi descendre une étincelle du Foyer divin sur cette brochure, ce livre, cette conférence
ou cet entretien, et si même votre parole est embarrassée ou votre geste prématuré, ils fructifieront
à cause de votre humble et fervente foi.
Mais, croyez-le bien, la bienfaisance au nom du Christ reste le plus fructueux des apostolats.
Si vous avez du superflu, je préfère vous le voir donner vous-mêmes à vos pauvres que de le
recevoir pour les besoins matériels de l'oeuvre. Je préfère vous voir auprès des malades qu'à mes
conférences. Je préfère vous entendre consoler des chagrins plutôt que discuter des théories. Si notre
Association fait la volonté de Dieu, Dieu lui enverra bien de quoi payer le propriétaire et
l'imprimeur; si je me souciais des factures avant de me soucier de vous maintenir dans le chemin
du Christ, je trahirais la cause au nom de laquelle je vous ai sollicités.

***
Vous tous donc qui m'avez offert votre sympathie profonde et le meilleur de vous-mêmes, soit
depuis un an, soit depuis cinq, ou quinze, ou vingt ans, que l'insuccès possible, que le succès surtout
de nos efforts ne vous cachent jamais la splendeur de notre but, n'altèrent jamais l'indispensable
pureté de nos méthodes. Prenez confiance, résistez à tous les doutes, maintenez votre vouloir dans
l'éternel: ainsi vous triompherez réellement du temporel.
Il est inutile de déclarer en public le détail de vos oeuvres pendant la session qui se termine
aujourd'hui; notre mutuelle confiance, de vous à moi, nous suffit, et notre main droite, ainsi, ne
saura pas ce qu'a donné notre main gauche. Mais ce que je désire vous voir entreprendre, ce que
j'attends encore de la fidélité de votre collaboration: cela, je peux et je dois vous le dire.
Il ne s'agit que de simple bon sens et de sincérité. De sincérité, parce que ni vous ni moi ne
travaillons pour nous-mêmes; de simplicité, parce que le bon sens est le sens même du Vrai; j'espère
ainsi convaincre ceux qui ne me comprennent pas encore complètement, afin qu'à leur tour, ils
éclairent ceux qui nous connaissent mal et nous amènent ceux qui ne nous connaissent pas.
Notre mouvement est fils de l'amitié; il existe par l'amitié; il se perpétuera par l'amitié. Lors
de notre première session, j'ai rendu un hommage trop rapide à la ferveur et à la constance de mes
vieux compagnons de travail de qui le dévouement n'a jamais faibli, dont quelques-uns dépensent
depuis plus de vingt années toutes leurs forces au service de cette Amitié Spirituelle, et qui n'en
attendent rien que la joie du bon ouvrier achevant avec une sereine constance sa longue tâche
obscure. Je sais bien que ce n'est pas l'homme, en eux, mais le Christ, par qui cet héroïque labeur
est mené à bout; le Christ, avant de descendre en eux, avant de les renouveler, de les dresser,
impavides et forts, comme les chevaliers errants de la plus noble des causes, avant de s'établir en
eux, le Christ, dis-je, a attendu la libre offrande de leur libre bonne volonté. Pour cet
hommage-lige, pour cette fiance, pour cet holocauste où ils furent à la fois prêtres et victimes, mes
Amis de la première heure m'apparaissent admirables et jamais je ne leur dédierai une gratitude
trop fervente.
Ils ont peiné avec joie, s'encourageant, se relayant, s'exhortant; pas à pas, borne après borne,
nous avons fait l'étape; une autre s'ouvre maintenant qu'il nous faudra fournir. L'effort sera-t-il
moindre, pire, égal? Nous l'ignorons, mais, avec l'aide du Ciel, nous devons nous déclarer prêts.
Sans doute, tout ce que nous disons a été dit et bien dit; tout ce que nous faisons a été fait et
bien fait, depuis vingt siècles, par les premiers disciples, par les premiers moines de chaque ordre,
par plusieurs saints, clercs ou laïques. Mais nos contemporains sont aussi fermés aux choses divines
que les rhéteurs d'Athènes ou d'Ephèse, de Rome ou d'Alexandrie: nous avons donc beaucoup
d'ouvrage; or, nous avons aussi une grosse facilité: c'est que nous ne sommes pas des professionnels
en matière de religion; et ceci n'est pas un paradoxe.
Nous ne possédons pas notre affaire comme des docteurs en Sorbonne; nous ne sommes pas
habillés de dix-neuf siècles de théologie, de conciles et de liturgies; nous ignorons les formules
scolastiques, les tours-de-main psychologiques, les traditions de forme, les manuels commodes où
l'on trouve rangés en bel ordre les objections et les arguments de l'apologétique, les évaluations de
la casuistique, les énumérations de la symbolique, les décisions, les bulles et les encycliques. Voilà
notre faiblesse et notre don-quichottisme, au gré des gens d'Église; pour tous ces prêtres éminents
et vénérables, nous ne sommes que des amateurs, de fâcheux et insupportables amateurs, qui
piétinent dans les plates-bandes et qui démolissent les règles du jeu.
Mais je vois dans le Dictionnaire que, selon l'étymologie, un amateur est celui qui aime;
aussitôt notre vice rédhibitoire devient à mon sens notre vertu, je veux dire notre force. Nous
aimons ce que nous faisons; nous aimons Jésus, nous aimons son service qui est de servir nos frères,
comme nous pouvons, mais tant que nous pouvons. Nous bousculons les règles? Peut-être; nous
n'observons pas les coutumes? peut-être. Mais les traditionalistes ne distraient-ils pas une trop forte
part de leur intelligence et surtout de leur âme à obéir à ces traditions et à ces méthodes ? Peut-être
les observent-ils avec un souci tellement attentif qu'ils n'aperçoivent plus l'essence spirituelle dont
elles ne sont destinées qu'à être le manteau ?
***
Malgré nos gaucheries, nos excès de zèle, nos ingénuités, restons des amateurs. Plaise au Ciel
de nous conserver notre juvénile amateurisme ! Ce n'est pas par la présentation de nos idées que
nous voulons convaincre; c'est par la flamme dont elles nous embrasent. Ce n'est pas par
l'importunité que nous voulons prendre le public: c'est par la qualité de nos efforts que nous
désirons attirer les chercheurs épars. Nous sommes nés d'un groupe amical, nous sommes des amis
collaborant à la même oeuvre: nous resterons des amis, ou bien nous disparaîtrons. Pour nous,
l'Amitié c'est le culte du même idéal, l'observance de la même discipline, la réalisation des mêmes
activités; et parce que notre idéal se nomme le Christ; notre discipline, l'Évangile; nos activités, la
bienfaisance et la prière, nous croyons notre Amitié la plus pure, la plus haute, la plus solide.
Les agrandissements fructueux de nos groupes ne seront pas des augmentations numériques,
mais surtout des multiplications en intensité de notre flamme collective, des engendrements de
vouloirs nouveaux, jaillis de vos ferveurs silencieuses et de vos sacrifices inconnus; que la liste de
nos membres, de nos comités, de nos publications, de nos tentatives philanthropiques s'allonge: je
le veux bien, mais à condition que le zèle de chacun s'exalte d'abord et se hausse jusqu'à l'ardeur
invincible qui est l'atmosphère normale des amis de Dieu.
Nos correspondants, nos lecteurs, nos auditeurs, paient la satisfaction intellectuelle ou le
soulagement qu'ils reçoivent par le prix d'un livre, d'un abonnement, d'une conférence: mais, en
plus, très souvent la joie nous est donnée de les voir revenir; très souvent le besoin personnel, cause
de leur première visite, se change en intérêt sympathique. Ils se disent que la certitude de leur
pensée, l'apaisement de leur coeur, l'obstacle matériel que l'un de nous, parfois, les a aidés à
franchir: bien d'autres seraient, comme ils le furent, désireux d'être aussi aidés; ils reviennent donc
nous voir; ils s'aperçoivent que, toutes « spirituelles » qu'elles soient, nos Amitiés ont besoin de
locaux, d'imprimés, de bibliothèques, de vestiaires, de secrétariats, d'argent pour les miséreux; ils
se font inscrire à la Société, et leur cotisation sert à celles de nos dépenses qui dépassent les moyens
personnels des membres déjà enrôlés.
Ainsi, après avoir été aidés, ces nouveaux collaborateurs aident à leur tour et de la façon la
plus pure, puisque les souffrances que nous soulageons avec leur argent leur restent inconnues et
que eux-mêmes restent inconnus à leurs obligés: ainsi, Mesdames et Messieurs, vous réalisez à la
perfection la maxime évangélique: « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. »
Voilà comment nous nous accroissons: tout naturellement, tout bonnement, tout simplement.
Quand nous nous sommes constitués, nous savions bien que notre projet ressemblait fort à une
utopie: l'utopie est devenue réalité. Nous savons bien que notre existence est un paradoxe: à votre
tour, croyez à l'avenir de cette utopie, désirez qu'elle grandisse, faites pour cela quelques gestes,
prononcez pour cela quelques paroles; afin que nous puissions atteindre des détresses de plus en plus
nombreuses.
Notre vie tient toute dans l'effort personnel de chacun de vous. Faites cet effort. Si vous n'avez
pas d'argent, donnez un peu de temps; si vous n'avez ni temps ni argent, donnez vos voeux,
c'est-à-dire vos prières; la moindre privation, le moindre jeûne moral, que vous seul connaîtrez, le
Christ les acceptera et les utilisera en multipliant leur vertu.
Nous sommes bien peu à côté des dizaines de milliers de membres des grandes Ligues
utilitaristes. Mais serions-nous réduits à deux ou trois, nous existerions quand même. avec la même
confiance inentamée, avec la même volonté de servir notre Maître. Pour une cinquantaine d'entre
nous, la bonne moitié de l'étape est fournie; après, d'autres marcheurs reprendront notre cher
flambeau.
***
Lorsque vous parlez des Amitiés Spirituelles, soyez attentifs à donner de nous une idée juste
et claire, à dissiper les malentendus, innocents ou perfides. En général, on se trompe sur notre
compte: on nous prend pour des rêveurs ou pour des malins; c'est que les idéalistes échouent
d'ordinaire dans leurs entreprises, c'est que l'on a trop usé de la confiance du public. Nous voulons
être des gens pratiques, et nous sommes surtout des gens sincères. Sans doute, les Amitiés Spirituelles
obtiennent quelque succès; sans doute nous existons, et le fait que nous sommes encore là est un défi
au bon sens pratique des hommes d'affaires; mais que ces symptômes ne vous paraissent pas comme
le succès. Quand, à la fin de chaque mois, sur nos registres, Besson et moi, nous comptons les
infortunes ou les chagrins que nous avons eu la joie de soulager, c'est à la multitude restante des
malheureux que nous pensons, à cette foule dolente que nous n'avons pu atteindre.
Sans doute on parle de nous, parfois avec estime, parfois avec dédain. Mais ce n'est pas cela
que nous désirons; nous désirons qu'on vienne travailler avec nous et qu'on nous apporte du travail.
Vous lisez nos livres, vous nous écoutez: cela ne suffit pas. On ne songe pas toujours à la peine que
prennent plusieurs d'entre nous, nos administrateurs de comités ou de permanence, par exemple,
pour préparer ces réconforts. Vous le savez, la plupart de ces hommes, quand leur journée
professionnelle est finie, repartent pour recommencer une seconde journée de dévouement, et
certains font cela depuis des années. Quand vous parlez de nous à des étrangers, souvenez-vous de
ces détails, non pas pour les leur redire, mais pour trouver dans votre émotion des paroles plus
directes et plus vraies.
Ainsi que votre sympathie ne s'endorme pas; qu'elle continue plutôt de s'alarmer. Chaque soir,
mes Amis et moi, nous constatons des lacunes, des impossibilités devant lesquelles nous sommes
impuissants; et chacun de vous a goûté cette amertume de n'avoir pu étancher quelques larmes faute
d'un peu de temps, d'un peu d'argent, faute d'un renseignement, d'une adresse, d'une
recommandation. Vous me répondrez: « Vendez vos publications plus cher, élevez vos cotisations. »
Non, nous ne voulons pas; le public le plus intéressant, c'est celui-là même dont la bourse est
maigre. D'autre part nous ne pouvons pas proportionner nos dépenses à nos recettes; quand, dans
la soirée, on vient nous demander un secours, nous ne pouvons pas répondre: Le crédit du jour est
épuisé; nous prenons sur la recette hypothétique du lendemain; nous vivons par empiétements
continuels sur l'avenir, et nous croyons avoir raison deux fois: pratiquement et mystiquement.
Pratiquement, car vivoter n'est pas vivre, c'est retarder de mourir, et qui ne s'accroît pas, décroît.
Mystiquement, car la confiance en Dieu commence à l'impossible, et puisque nous ne nous
hasardons pas pour nous, mais pour d'autres, le Ciel aidera notre optimisme.
Les Amitiés Spirituelles, ce n'est pas une affaire commerciale, c'est une entreprise apostolique.
Un auteur en vogue, un orateur célèbre, ils présentent toujours le même livre, en somme, toujours
le même discours, et ils s'en font des rentes, parce que leur langage plaît au public, ne le déconcerte
pas, lui laisse bien ses opinions toutes faites et ses habitudes, et ne lu